Nietzsche par deux SurHommes

Publié le par P'titPhilou

Après un week-end consacré à l'amitié et au partage autour de repas bacchiques (cf magnifique compte-rendu de l'ami Oliv), il est tant de prendre un peu de hauteur spirituelle, quoique ce terme me devienne chaque jour un peu plus étranger. Le désir de spiritualité conduit trop de fois, en fait, à l'obscurantisme ou au dogmatisme destructeur.

 

Comment aborder l'oeuvre foisonnante, complexe et difficile de Friedrich Nietzsche ?

Je cherchais la clé depuis quelques mois, ne sachant trop par quel livre commencer ; une oeuvre de jeunesse, portée par son amour de la philologie des classiques grecs ou par ses oeuvres "phares", en particulier celles écrites en 1888 - en particulier Ecce Homo ou le Crépuscule des Idoles  - ou bien encore par les oeuvres poétiques à l'instar d'Also Sprach Zarathoustra.

La médiathèque de ma ville m'a offert fortuitement cette clé en me proposant de petits opuscules, le premier écrit par l'un des plus brillants esprits de la première moitié du XXème siècle, porte-étendard de cette Europe intellectuelle flamboyante, héritière des combats intellectuels du siècle précédent et riche de culture mais qui n'a pas su éviter le pire ni son effondrement lors de la seconde guerre mondiale. Le second est signé de la plume d'un philosophe français, lui aussi parangon de l'esprit français, brillant par ses analyses et ses critiques, réputé pour sa pensée parfois difficile d'accès, toujours exigente pour le lecteur.

 

Les deux oeuvres sont sobrement intitulées du nom du philosophe. Elles possèdent toutes deux en commun un style élégant, une langue claire et érudite plaisante à lire.

 

La biographie de Stefan Zweig, datée de 1930, possède l'enthousiasme et la force de la (re)découverte d'une pensée foisonnante, elliptique, qui explore toutes les zones d'ombre de la pensée humaine pour construire un Homme nouveau à la fin du XIXème siècle. Il me semble que la vision de Zweig est somme toute très romancée, emphatique mais quel génie littéraire ! Je retrouve les mêmes frissons que j'eus à la lecture de son livre consacré à Montaigne. Le lyrisme de son écriture n'empêche pourtant pas la clarté d'exposition de l'idée maîtresse de ce livre : débarasser l'oeuvre de Nietzsche de toutes les scories liées à la légende de la folie finale, post année 1888 et, surtout, à la trahison et au détournement de sa pensée par sa soeur, symbole de cette Allemagne luthérienne, prisonnière de ses préjugés et de son aveuglement, qui a sombré corps et âme vers la dérive nationale socialiste.

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Belle défense et illustration de la necessité d'aller au delà de la contingence des titres et des honneurs. Nietzsche est, pour moi, un Icare philosophe qui s'est brûlé les ailes à force de s'approcher de plus en plus près des limites de l'entendement humain ; mais il nous est resté de lui la nécessité d'inventer toujours, à chaque génération, une nouvelle forme de "surhomme", pour aller au delà de la désespérance de notre propre finitude.

 

Le livre de Gilles Deleuze se compose de deux parties distinctes : la première est une biographie et un exposé succint des thèses du philosophe allemand. La seconde partie fait place à de nombreux extraits des diverses oeuvres de Nietzsche, de la prime jeunesse aux derniers ouvrages. Je ne suis pas en mesure de discuter de la pertinence du choix opéré par le philosophe français. Cependant, je fais confiance dans le goût de Gilles Deleuze pour mettre en valeur les plus beaux textes et ceux les plus significatifs de sa pensée. Il me semble que ce livre offre une suite logique, un complément pour une propédeutique efficace à la pensée de Nietzsche et plus généralement à la pensée du XXème siècle (Heidegger, Sartre, Deleuze, etc.).  

 

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 Je me sens prêt à attaquer la lecture des oeuvres originales : Gai Savoir ou Also sprach Zarathoustra ?

 

Philippe

 

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