Aldo Ciccolini

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A l'heure de me coucher, après avoir joué (au casque, bien entendu) l'improvisation opus 84 n°5 pour piano de Gabriel Fauré puis l'intermezzo opus 118 n°6 de Brahms, me vient en mémoire la formidable interprétation d'Aldo Ciccolini, merveilleux pianiste octogénaire, d'une vitalité confondante. Son interprétation des derniers Klavierstücke de Brahms est fidèle à la réputation d'intégrité et de maîtrise de ce maestro, au jeu sobre qui va droit au but. Je l'aime autant que les interprétations de Kempff, de Katchen et de Lupu, c'est dire ! Que j'aimerais possèder ne serait-ce qu'une petite parcelle de votre génie, cher Maître !

 

Je redécouvre par ailleurs les oeuvres pour piano de Gabriel Fauré, qui certes n'ont pas la séduction et la puissance visionnaire de Debussy, ni l'originalité décalée d'un Satie, mais possèdent une élégance et, pour tout dire, une délicatesse toute aristocratique qu'il faut apprivoiser sur la durée. Nos oreilles "modernes" peuvent facilement passer à côté des merveilleuses pièces de piano "français" composées à la Belle Epoque. Je pense aussi au formidable enregistrement des pièces de Déodat de Séverac, notamment la suite En Languedoc, fort plaisante, à l'image d'une Terrasses Grillées 2000 de Guy Moulinier. Leur charme tout en finesse distille un bonheur durable dans nos vies !

 

Toutefois, en écoutant avec beaucoup de plaisir la version de Jean-Philippe Collard des "pièces brèves" opus 84 de Gabriel Fauré, je me rends compte avec consternation qu'Aldo Ciccolini qui a tant fait pour la redécouverte des grands compositeurs français, n'a pratiquement laissé aucun témoignage fauréen, hormis quelques pièces pour voix et piano (EMI). Il y en a encore moins que pour Ravel... Monsieur Ciccolini, Maestro... avez-vous une antipathie particulière ou une allergie qui vous a empêché de jouer et d'enregistrer les oeuvres pour piano de Fauré ?

Car, il faut bien l'avouer, je ne crois pas qu'il existe une version pleinement satisfaisante de la plupart de ces oeuvres, nonobstant les réelles qualités de celle de Jean-Philippe Collard (qui date un peu à mon goût). Je connais bien l'intégrale signée par Jean Hubeau, feu-éminent professeur au Conservatoire, grand chambriste, mais sa timidité et les conditions d'enregistrement (piano assez laid) ne permettent pas de rendre justice au piano de Fauré. Les mélomanes et les amoureux de beau piano ont encore grand besoin de votre immense talent pour nous faire (re)découvrir les mille bonheurs que distillent les pièces pour piano du génial Fauré.

 

A bon entendeur, je vous salue.

Philippe

Publié dans Musiques au coeur

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