Camus et Lévi-Strauss, une même exigence

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J'ai décidé d'écrire à nouveau sur ce blog, de le "réactiver". J'ai un peu plus de temps et l'envie d'écrire grandit en même temps que mes lectures se font plus littéraires et philosophiques. 

 

La lecture de "L'homme révolté" d'Albert Camus, précédé par celle de la "Pensée Sauvage" de Claude Lévi-Strauss, m'a permis de faire connaissance avec deux esprits ô combien éclairés du siècle passé. Leur pensée exigente fut un don de clairvoyance salvatrice après la seconde guerre mondiale.

Il me semble que les deux livres ont de nombreux points communs : deux auteurs de "gauche", tout au moins pendant leur jeunesse, proche de l'appareil intellectuel du parti communiste (je pense aussi à Edgard Morin en écrivant ces lignes), mais qui ont su voir, percevoir nettement les dérives du système, et lutter avec courage contre le dogmatisme développé notamment par les existentialistes, Sartre en premier.

Un autre point commun est la symbiose du style littéraire le plus abouti avec une pensée philosophique de premier ordre. Comment nier à ces deux auteurs le statut de philosophe ? De la philosophie profondément humaine, à juste titre accessible, sans jargon superfétatoire, voilà qui procure un réel plaisir, celui de se sentir plus lucide après les avoir lus.

Autre lien entre ces deux livres, une volonté, me semble-t-il, de dépasser le cadre de notre civilisation, d'aller au delà de la prétendue supériorité de la culture européenne en la replaçant dans le fait historique tout en l'inscrivant dans une universalité intemporelle. L'homme révolté s'inscrit dans l'histoire, construit sa révolte dans l'histoire, mais se doit de détruire cette dernière, car le révolté ne se donne qu'au présent.

A la lecture de ces deux livres, je ressens  la nécessité de s'inscrire dans l'histoire (familial, sociétal, culturel), de comprendre le contexte du moment, mais aussi de savoir aller au delà du simple fait historique : ainsi, comprendre les grandes structures sociales et l'apport des autres civilisations nous obligent à conserver une lucidité qui peut nous éviter de sombrer dans la peur. Savoir s'ouvrir aux autres, savoir dépasser nos préjugés, voilà un défit à relever, nécessaire à la construction d'un vivre ensemble renouvelé, dans la sérennité. Je vois de plus en plus de personnes d'origines ou de convictions différentes ne plus oser se parler, on construit des remparts qui nous protège des autres, semblables ou non, que l'on appelle communautarisme ou individualisme. L'éducation et la confiance en l'humanité, dans son universalité, restent les seules armes utiles pour construire un monde en paix.

 

Philippe

 

 

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