Eloge de Lucien Jerphagnon

Publié le par Philippe Belnoue

Moins d'un an après le décès de Madame de Romilly, l'un de ses amis s'en est allé, le 16 septembre dernier, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, rejoindre l'infini qui lui était cher. 

Je me réjouissais de passer commande du dernier livre de Lucien Jerphagnon, intitulé De l'amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles, réminiscence en forme de testament, publié fin août, quand l'annonce - terriblement discrète - de la mort de ce grand Maître français vint me frapper de stupeur… et de douleur. 

Comme nombre de ses lecteurs, qui n'ont pas eu la chance de suivre ses cours à l'université de Caen - heureux Michel Onfray ! -, j’ai découvert Lucien Jerphagnon au travers de son Histoire de la pensée puis de son Histoire de la Rome antique, deux livres lumineux qui ont éclairé mes jeunes yeux et mon esprit vierge sur la civilisation grecque devenue gréco-romaine et sur l’histoire de Rome et de son empire. Il savait concilier un savoir rigoureux et précis avec un style vivant, frais et accessible. Point de jargon inutile, il s’adressait à chacun de la même façon, l’érudition ne valant pas fatuité. Historien philosophe, dont les deux composantes se nourrissent mutuellement.

La lecture des Divins Césars, de Julien l’Apostat, de La Louve et les Agneaux, et de ses derniers ouvrages sont d’un égal bonheur d’érudition et d’élégance. Aucune fatuité chez l’auteur du fort drôle opuscule paru l’année passée et intitulé La… Sottise ?

Bien entendu, l'édition des oeuvres de Saint Augustin pour la Pléiade fut le point d'orgue de sa carrière et consacra aux yeux du grand public sa position d'éminent spécialiste de ce philosophe chrétien et plus avant de la Rome impériale.

 

Pour sûr, Lucien Jerphagnon fut un phare pour beaucoup, un Maître qui montra le chemin vers l’intelligence, l’ouverture aux autres et qui construisit une pensée vivante, non dogmatique, qui se nourrit du passé pour se contruire plus solidement.

Il fait partie de ces êtres rares qui éclairent nos vies, à distance, comme le font encore Pierre Hadot et son grand ami Paul Veyne.

 

Son regard amusé et impertinent me manque déjà. J'aime à revoir quelques passages où le Maître montre l'étendue de son érudition et de son humour : ici ou là en compagnie de Paul Veyne.

 

Le mot de la fin lui revient, lui le grand admirateur de Plotin : " Au reste, si le Jerph' vous intrigue, c'est qu'il cherche ce que vous aussi vous cherchez : l'infini, bien sûr, que nous ne trouverons pas. Mais l'entrevoir mériterait déjà de venir en ce monde."

 

Adieu.

Publié dans Hommage

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la banane masquée 26/05/2012 14:22


Belle plume Mr Phil, j'attends votre prochain billet avec impatience

Philippe Belnoue 26/05/2012 15:33



Merci pour ce compliment, ma chère banane à croquer


 


Signé le ptitphilou masqué