Quand musique rime avec passion du vin

Publié le par P'titPhilou

Je reprends ici quelques idées d'association oeuvres de musique classique versus oeuvres bacchiques, issues d'une discussion sur le forum la passion du vin

Il m'arrive, lorsque j'écoute les sonates pour piano de Beethoven, de réfléchir à la façon d'accompagner certaines d'entre elles avec des vins.
A brûle pourpoint, je siroterais volontiers la Hammerklavier par Richter (version Prague) avec un vin racé, fougueux, lumineux et un peu rugueux. Une dominante de sangiovese, e.g. Tignanello 90 ou un cru bordelais tel Léoville Barton 1996.
Avec Serkin, j'imagine un vin plus austère encore, plus acide, un Bandol 2000 de Tempier ou un Bourg 2001 de Clos Rougeard.
Pour Guilels, pour sa vision imposante, passionnante et maîtrisée à la perfection, j'imagine être en compagnie d'un Léoville Las Cazes, peut-être Lafite ou Latour. Le Haut-Brion 1985 dégusté récemment me revient en mémoire... quelle douce sensation !
Gulda... le génie visionnaire, la pureté de la ligne, la finesse et la liberté des formes, le tout encadré par un construction implacable : le Chambertin 96 ou le Musigny 91 de Prieur.

En écoutant quelqu'un comme Serkin, où la beauté du son est secondaire, j'ai tendance à être moins sensible à la qualité de l'émetteur, à savoir je ne recherche pas à tout prix le meilleur matériel. L'important, c'est le fond, ce qui est intangible, c'est le sens, la matière brute. Il en est de même avec le vin : peu importe après tout qu'on utilise le bon verre ou non, c'est la structure du vin, la complexité naissante ou affirmée, son évolution, l'émotion apportée par un désir de rencontre avec le vin choisi qui m'intéressent le plus. Bien sur, si le matériel est à la hauteur de la beauté de l'interprétation ou si le vin est mis en valeur par des conditions appropriées, alors le bonheur est total.

La D960 de Schubert : depuis la version abyssale, baroque et hypnotique de Richer (Prague toujours), seule la version de Serkin m'a autant ému par son épure. Là, je prendrais volontiers un Yquem 99.

Nous parlions de Beethoven, alors je pense évidemment aux Variations Diabelli : Richter, Serkin, Gulda, trio de choc, indétrônable,malgré une jolie version d'Anderszewski. Je goûterais bien un Soutard 2003 avec !

Gould... j'ai appris mon Bach en l'écoutant passionnément. Plutôt alors les vins de Foreau, car c'est par ce maître que j'apprends Vouvray. Avec les Goldberg par Gould, e.g. un verre de Réserve 89 pour savourer ce vin pendant toute la durée de cette oeuvre magistrale. Pour Courtois, je proposerais volontiers une oeuvre baroque voire de la Renaissance, avec instruments "d'époque", aux timbres acidulés, pour le côté flamboyant, original et rustique : dans ces musiques, il y a souvent au détour d'un air, de petits miracles sonores.

Mais on peut inverser le jeu : avec les grands pinots noirs de Bourgogne, je pense aux dernières oeuvres pour piano de Brahms.

- Sinon, dans le rock/pop :

j'aime Luke dont le rock pétillant et noir me ferait pencher pour un Champagne blanc de noirs.
Katie Melua, jeune artiste que j'écoute en boucle en ce moment, me rend zen, par la douceur des rythmes jazzy : un pétillant naturel de Loire !

Publié dans Musiques au coeur

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