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Lundi 28 mai 2007

Yves Nat : un musicien de légende

 

Tout pour la musique, rien pour le piano, telle est la devise de ce musicien, né à Béziers en 1890 (†1956)

Issu d'un milieu modeste, ses parents, en particulier son père mélomane, n'hésitèrent pas à lui donner une éducation musicale de qualité. Yves Nat se révéla être un enfant prodige, à l'instar de Mozart, Liszt ou Saint-Saëns : à sept ans, il connaissait déjà par coeur les 48 préludes et fugues du Clavier Bien Tempéré de J.S. Bach ! (ceux qui ont étudié le piano comprendront aisément le tour de force que cela peut représenter). Comme ses illustres prédécesseurs, il compose dès son plus jeune âge (notamment une Fantaisie pour Orchestre vers l'âge de dix ans), se produit en concert dès l'âge de huit ans. Lors d'un concert à Béziers, Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré, alors directeur du Conservatoire de Paris, remarquèrent le pianiste et surtout le compositeur à la précocité exceptionnelle. Direction Paris et son Conservatoire, où il obtient en 1907 un premier prix de piano dans la classe de Louis Diémer, virtuose au renom international, qui forma entre autres illustres pianistes Alfred Cortot, Robert Casadesus, Lazare Lévy, Edouard Risler, etc.

 

Sa carrière de pianiste commença en 1908 sous les meilleurs auspices, lorsque Claude Debussy l'invite à l'accompagner en tournée en Grande-Bretagne. Le succès ne se démentit plus jusqu'en 1934, l'année où Nat mit fin à sa brillante et nomade carrière de concertiste. Il fit maintes fois le tour du monde allant de Londres à New York en passant par le Canada, l'Argentine, l'Egypte ou le Maroc. Cette force de la nature, au jeu puissant, enflammé tout en étant moderne par son respect scrupuleux du texte (à l'opposé des libertés romantiques à la mode d'un Alfred Cortot), souffrait depuis de nombreuses années de la solitude de cette vie passée par monts et par vaux, souvent loin de ses proches et d'un trac grandissant, à la hauteur de son exigence d'absolue perfection artistique. Ses Notes & carnets (1) témoignent de la mélancolie de cet artiste qui ne voit que trop rarement ses proches, en particulier ses enfants. Mais on y découvre avant tout un poète à la plume élégante, profondément humaine et tendre, ainsi qu'un théoricien engagé dans l'approche raisonnée et rigoureuse du clavier et de la musique.

 

Tendresse et élégance caractérisent aussi son jeu : interprète réputé de Debussy et de Fauré, comme des grands compositeurs romantiques Chopin et Liszt, son goût le porte très tôt vers Beethoven, Schubert, Brahms et surtout vers Schumann. Dans l'entre-deux-guerres, interpréter en France les oeuvres de ces trois compositeurs allemands s'avére particulièrement osé ! Mais il permit à de nombreux mélomanes français de (re)découvrir ce répertoire allemand. Même en Allemagne, son nom était reconnu par ses plus éminents confrères, à l'instar d'Arthur Schnabel et de Wilhelm Kempff. Il était l'exact pendant de Walter Gieseking, pianiste allemand dont les interprétations de Debussy sont légendaires.

 

Sa vie prend un tournant décisif quand le Conservatoire de Paris lui offre un poste de professeur. Il put enfin goûter au bonheur d'une vie sédentaire partagée avec son ancienne élève Elise, sa seconde femme. Le livre de Mona Reverchon (2), construit autour de conversations avec Claire Aubert, ancienne élève d'Yves Nat, éclaire cette période relativement heureuse de sa vie. Il fut un pédagogue novateur, un exemple pour toute une génération de musiciens, qui louèrent sa rigueur et son inventivité.

Il n'eut malheureusement pas le loisir de se consacrer à plein temps à sa véritable et profonde nature de compositeur, accaparé par son métier d'enseignant. En outre, son haut degré d'exigence vis à vis de l'Art le conduit le plus souvent à s'autocensurer. Il parvient à écrire des mélodies (années 20 essentiellement), des pièces pour piano, dont Pour un petit Moujik (1915). Son oeuvre majeure fut un immense poème symphonique intitulé l'Enfer, créé en 1940, qui n'a malheureusement pas été enregistré. Reste un fort intéressant Concerto pour piano et orchestre, créé en 1954 (3), projet qui a mis dix ans à se concrétiser, mais n'est peut-être pas pour rien dans la guérison quasi miraculeuse de son cancer.

 

Dans les années 50, le label les Discophiles Français entreprirent de graver l'Art de certains grands pianistes français (Marcelle Meyer, etc.). Yves Nat se donne quinze jours pour rafraîchir sa technique puis se lance, pendant deux ans, dans l'enregistrement des sonates de Beethoven, des oeuvres de Schumann, et quelques pièces de Brahms, Schubert et Chopin. Le résultat est bouleversant de spontanéité et d'accomplissement artistique. La vision de Nat conjugue à merveille puissance, souplesse, poésie et raffinement. Un monument de l'Histoire du disque.

Il revient à la scène lors d'un concert devenu légendaire, au profit des Enfants Bleus, le 31 août 1953 (4). On y retrouve ses deux compositeurs préférés, en particulier Schumann qu'il enflamme et distille au plus profond de nos coeurs, pour notre plus grand bonheur.

 

Plus de cinquante ans après, son Art indémodable reste insurpassé, rejoint seulement par quelques élus (souvent admirateurs) tels (liste non exhaustive) Sviatoslav Richter, Sergio Fiorentino, Friedrich Gulda, Martha Argerich, Alfred Brendel, Grigory Sokolov...

 

 

 

Je vous souhaite d'agréables lectures et surtout autant de plaisir que j'ai éprouvé à l'écoute de ce génial musicien.

 

 

1.        Notes & carnets, Alban Editions, Paris 2006 (16/17 €)

 

2.        Yves Nat un musicien de légende de Mona Reverchon, Le Bord de l'eau Editions, Paris 2006 (18 €)

 

3.        Yves Nat, Ses Enregistrements 1930-1956, Coffret du 50ème anniversaire (15 CD), EMI (env, 55 €)

 

4.        Concert du 31/8/1953 au Théâtre du Châtelet, Urania (env. 13 €)

 

 

par P'titPhilou publié dans : Musiques au coeur
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Dimanche 8 avril 2007

Aujourd'hui, pas d'agneau pascal, que j'avoue peu goûter, mais un boeuf bourguignon maison, subtilement épicé, cuit à feu doux plus de trois heures durant. La viande fut mise à mariner plus de 18h dans un mélange de côtes du Rhône 2003 (pas mauvais mais plutôt bon à servir de base à ce plat, en particulier en comparaison aux deux vins suivants), de Coteaux du Languedoc Montcalmès 2004 (ouvert depuis quatre jours) et bien entendu de vin bourguignon, avec un Givry 2005 des frères Joblot.

 

 

Je me suis amusé à déguster les deux vins en parallèle :

Le Montcalmès 2004 est un vin bâti sur la finesse, aussi bien au nez, joliment fruité et épicé, même si ouvert depuis quatre jours. La bouche me régale, car j'y retrouve tout ce que j'aime dans les grands vins du Sud de la France : de la matière, de la suavité, de la douceur, de la richesse et de la fraîcheur. Les tannins sont élégants, fins, aucun creux, un joli volume qui se termine par une finale très douce. A l'ouverture, le vin se montrait réservé. Belle garde prévisible. Accord convaincant avec le met.

Le Givry premier cru Clos Grand Marole 2005 du domaine Joblot explose dès l'ouverture : cassis, cerise à l'eau de vie, noyau de cerise, framboise, rose. Nez complexe, très fruité, légèrement épicé, un régal quand on plonge le nez dans le verre. La bouche n'est pas en reste, avec une matière opulente, corsée, mais dotée d'une fraîcheur qui équilibre et tend le vin vers une finale racée, sur une longue note de cerise kirschée. Superbe ! Ce 2005 me paraît plus dense que le 2002 (bien plus que le 2004), plus frais que le 2003. Un vin complet, d'une grande richesse et d'un équilibre qui peut évoquer de beaux crus de la Côte de Nuits. Accord de rêve avec le boeuf bourguignon.

Un bon mets réalisé avec amour, d'excellents vins, des accords réussis, en compagnie de la femme de ma vie (avec mon petit qui va bientôt arriver). En un mot (de ma femme) : Harmonie

par P'titPhilou publié dans : Gastronomie
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Dimanche 11 février 2007

Grâce à l’un de mes brillants voisins sur les bancs de l’ENI, j’ai découvert récemment deux lectures éclairantes sur l’économie, en particulier sur la fiscalité des entreprises. 

  

 la revue mensuelle Alternatives Economiques  (3,80 €  en kiosque)  propose une approche pragmatique et pédagogique de l’économie, en particulier de l’influence de la fiscalité sur celle-ci.

 On peut classer les articles en trois grandes parties :  

-          les rubriques "En bref", "Tendances", etc., qui font le point sur des thèmes très actuels, des faits de société… 

 -         les rubriques "Dossier" et "Comprendre" consacrées à des analyses plus poussées, sur des  thèmes comme le travail.

-          la rubrique "Réflexions" présente chaque mois un grand auteur de l’économie.

Dans le n° de février 2007, l’article intitulé "la TVA peut-elle être sociale ?" se penche sur l’idée du financement d’une nouvelle protection sociale par l’augmentation de la TVA ou la création d’une nouvelle cotisation à la valeur ajoutée.  

 

Leur site permet d’accéder à de riches archives. Il propose en outre, cerise sur le gâteau, une pétition intitulée "Pourquoi nous consentons à l’impôt", dont le texte commence ainsi :  "Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. "

Cet acte citoyen mérite, il me semble, toute notre attention.

 

 Pour comprendre la fiscalité des entreprises, son enjeux économique en particulier, le Précis de Fiscalité des entreprises de Maurice COZIAN (40€ en librairie) se révèle être un outil indispensable pour des gens qui, comme moi,  n’ont pas étudié le droit, ni la fiscalité (enfn presque). Cette référence en la matière, reconnue et célébrée dans le monde universitaire, s’impose par son style clair et précis. Au premier coup d’œil, on perçoit rapidement l’expérience accumulée par ce professeur émérite, ancien membre du Conseil des impôts. La raison d’être de la TVA ou des amortissements et provisions, les nouvelles normes de la comptabilité sont expliquées de façon assez détaillée, sous le sceau de la pédagogie. Outre la clarté des explications, qui nous permet de comprendre la fiscalité vue des entreprises, les rubriques intitulées "Le coin des amateurs" illustrent et précisent certains points au travers d’exemples concrets, parfois fort drôles. Ainsi, page 278, vous saurez si un joueur d’orgue de barbarie doit être soumis à la TVA ou non.

Parvenir à rendre passionnante et drôle cette matière, ardue et souvent considérée comme austère, constitue un tour de force hors du commun. Un must.

par P'titPhilou publié dans : Economie / Fiscalité
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Samedi 10 février 2007

J'avais envie de préparer des escalopes de dinde ce w.e.

Certes, ce n'est pas un met très raffiné, mais la relative neutralité de cette viande permet aux ingrédients qui l’accompagnent de briller. Et le goût de cette escalope dorée par la chaleur de la poêle, dont l’origine s’explique par la fameuse réaction de Maillard, reste gravée en moi depuis l’enfance : c'est ma "madeleine".

 

 La recette de ces escalopes aux girolles crémées est simple : dorer les escalopes à feux élevé dans une poêle (j’y mets un mélange beurre et huile d’olive), comme on saisit une viande rouge. Puis baisser à feu moyen, ajouter les girolles. Laisser cuire environ 5 minutes en retournant les escalopes de temps en temps. De même pour les girolles. Puis rectifier avec la fleur de sel, ajouter du persil et un peu d’ail coupés finement. J’ai ajouté une lichette de vin blanc afin de rehausser le goût et faciliter l’accord avec la marsanne. Incorporer la crème fraîche (semi épaisse) et laisser réduire et brunir légèrement. C’est prêt.

Le gratin de chou-fleur préparé par ma femme était délicieux. Chez nous, on aime le travail d'équipe.

Parlons du vin qui accompagnait ce plat :  il s'agit d'un vin étonnant, acheté sur les conseils de l'ami Gilles : Marsanne 1996 en Vin de Pays de la Drôme, du domaine Le Serre de Condorcet

Robe or, dorée et brillante. Jolis reflets dorés.

Nez légèrement réduit à l'ouverture : notes d'hydrocarbures prononcées sans être désagréables. Les mauvaises langues parleraient de pétrole, je dirais plutôt térébenthine. A l'aveugle, je serais parti en Alsace, sur un riesling. A l'aération, ces notes sont mises au second plan. Le coing, les épices douces, le miel et les fleurs prennent le dessus. Très joli nez complexe. 

 

En bouche, l'acidité est présente, mais équilibrée impeccablement par une richesse et une rondeur qui signent un vin complet et gourmand. Belle longueur, finale finement amère.

 A l'aveugle, j'aurais difficilement pensé à une marsanne. Sachant aussi qu'une cuvée 100% marsanne est plutôt rare. Son équilibre, sa fraîcheur, sa jeunesse d'expression et sa tenue dans le temps (elle commence seulement à décliner au bout de 3 jours) sont assez stupéfiants. Une très belle découverte, due au talent de dénicheur et de découvreur de l'excellent Eric Reppert.

Au final, un très bel accord avec ces mets, le vin semblant pouvoir s'accorder avec un large éventail de mets, car il possède suffisamment de fraîcheur et de matière pour accompagner poissons ou volailles.

par P'titPhilou publié dans : Gastronomie
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Lundi 1 janvier 2007

Que voilà une belle émission ! sur le PAF, elles se font rares ces émissions qui nous rendent un peu plus intelligents, tout au moins, plus clairvoyants.

J'aime beaucoup regarder la "Bibliothèque Médicis", pour la qualité des participants, pour le respect et l'écoute dont font preuve Jean-Pierre Elkabbach et Monique Canto-Sperber.

L'émission diffusée la première fois le 27 octobre 2006 sur la chaîne Public Sénat constitue un moment très fort de cette série : la rencontre de deux grandes femmes historiennes, la célèbre égyptologue Christiane DESROCHES NOBLECOURT et la fervente et pétulante académicienne Jacqueline de ROMILLY. J'ai lu récemment un certain nombre de leurs ouvrages, en particulier ceux de Mme de Romilly. Je retrouve dans cet entretien leur rigueur, leur humanisme et la profondeur de leurs approches. Elles éclairent de leurs savoirs notre civilisation, notre monde et les dangers qui nous guettent. J'avoue partager l'émotion de Mme Canto-Sperber à la fin de l'émission : ces deux grandes figures de la connaissance et d'une certaine vision humaniste de notre monde trouveront-elles des successeurs dignes d'elles ?

Pour visionner cette émission : cliquer ici

par P'titPhilou publié dans : Sciences
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