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  • Philippe Belnoue
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  • Amateur de bonne chère, de vins et de gastronomie, passionné de musique classique depuis l'adolescence, et de physique (mon premier métier). Le tout saupoudré de fiscalité (juste ce qu'il faut) et de beaucoup de philosophie.
Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 15:25

Moins d'un an après le décès de Madame de Romilly, l'un de ses amis s'en est allé, le 16 septembre dernier, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, rejoindre l'infini qui lui était cher. 

Je me réjouissais de passer commande du dernier livre de Lucien Jerphagnon, intitulé De l'amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles, réminiscence en forme de testament, publié fin août, quand l'annonce - terriblement discrète - de la mort de ce grand Maître français vint me frapper de stupeur… et de douleur. 

Comme nombre de ses lecteurs, qui n'ont pas eu la chance de suivre ses cours à l'université de Caen - heureux Michel Onfray ! -, j’ai découvert Lucien Jerphagnon au travers de son Histoire de la pensée puis de son Histoire de la Rome antique, deux livres lumineux qui ont éclairé mes jeunes yeux et mon esprit vierge sur la civilisation grecque devenue gréco-romaine et sur l’histoire de Rome et de son empire. Il savait concilier un savoir rigoureux et précis avec un style vivant, frais et accessible. Point de jargon inutile, il s’adressait à chacun de la même façon, l’érudition ne valant pas fatuité. Historien philosophe, dont les deux composantes se nourrissent mutuellement.

La lecture des Divins Césars, de Julien l’Apostat, de La Louve et les Agneaux, et de ses derniers ouvrages sont d’un égal bonheur d’érudition et d’élégance. Aucune fatuité chez l’auteur du fort drôle opuscule paru l’année passée et intitulé La… Sottise ?

Bien entendu, l'édition des oeuvres de Saint Augustin pour la Pléiade fut le point d'orgue de sa carrière et consacra aux yeux du grand public sa position d'éminent spécialiste de ce philosophe chrétien et plus avant de la Rome impériale.

 

Pour sûr, Lucien Jerphagnon fut un phare pour beaucoup, un Maître qui montra le chemin vers l’intelligence, l’ouverture aux autres et qui construisit une pensée vivante, non dogmatique, qui se nourrit du passé pour se contruire plus solidement.

Il fait partie de ces êtres rares qui éclairent nos vies, à distance, comme le font encore Pierre Hadot et son grand ami Paul Veyne.

 

Son regard amusé et impertinent me manque déjà. J'aime à revoir quelques passages où le Maître montre l'étendue de son érudition et de son humour : ici ou là en compagnie de Paul Veyne.

 

Le mot de la fin lui revient, lui le grand admirateur de Plotin : " Au reste, si le Jerph' vous intrigue, c'est qu'il cherche ce que vous aussi vous cherchez : l'infini, bien sûr, que nous ne trouverons pas. Mais l'entrevoir mériterait déjà de venir en ce monde."

 

Adieu.

Par Philippe Belnoue - Publié dans : Hommage
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Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 21:13

Conserver, laisser mûrir des bouteilles de vin en cave est un acte de civilisation. Car cela dépasse le simple fait de déboucher et de servir un vin, si bon soit-il. Il s'agit d'acquérir des crus dès leur sortie, les laisser vieillir patiemment, avec le risque bien entendu d'un accident, type bouchon, vol, etc.

Mais quand on ouvre un vin après avoir eu la patience de le laisser d'épanouir sous verre, et que celui-ci se montre digne des espoirs que la dégustation en prime jeunesse fit naître, quel bonheur ineffable !

Aussi, ce soir, l'ouverture au débotté du Baux de Provence intitulé Clos Milan du domaine éponyme, issu du fameux millésime 2001, m'a réjoui comme peu d'autres vins ont su faire ces derniers temps - ah si, le Givry 1er cru Clos Jus 1999 de François Lumpp, une merveille, dont le Clos Milan 2001 possède quelques airs de ressemblance - : nez captivant sur les fleurs, les épices et les fruits rouges (à l'instar de violette, fraise des bois), relayé par la qualité du fruité en bouche, portée par des tannins et une acidité d'une grande finesse. Longueur magistrale et complexité de mise pour un archétype du grand vin, à la fois "nature" car peu soufré, il me semble, mais également symbole de l'intelligence humaine.

Difficile de ne pas succomber au charme de ce vin, constitué à (environ) 80% de grenache & 20% syrah.

Maîtriser ce que nous offre la nature, sans la dévoyer, mais tout au contraire en exacerbant  les qualités de ses fruits et en les sublimant pour nous offrir les grands plaisirs du corps et de l'esprit. Hors du temps.

 

Par Philippe Belnoue - Publié dans : Mondovino
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 18:30

Plusieurs semaines se sont écoulées au cours desquelles l'envie d'ouvrir et de goûter du vin était en berne : pas le temps, ni l'esprit à cela. Et puis ouvrir une bouteille et la disséquer sur une semaine, seul, n'ayant plus le temps d'écrire un compte-rendu sur les fora consacrés au vin, tout cela perd de son charme.

Il fallut l'occasion d'un anniversaire, fêté en famille, pour retrouver la joie de la découverte, de l'exploration d'un monde gustatif et olfactif à la fois classique et original. Deux bouteilles, un blanc du Sud-Ouest et un rouge bordelais m'ont redonné le plaisir du partage et de la dégustation.

 

Pour commencer, le Bergerac sec Moulin des Dames 2000 de la famille Conti possède une très belle robe jaune dorée, digne des plus beaux liquoreux de la région. Fort engageant. Le nez est une symphonie d'épices douces (la vanille trahissant un élevage ambitieux en barriques neuves), de pêche et de fleurs. La bouche est ample, le milieu possède beaucoup de gras, avec un retour en finale de l'acidité qui déséquilibre un chouille le vin... mais à table, sur des noix de saint jacques préparées classiquement à la crème, tout s'assemble parfaitement et offre un plaisir quasi orgasmique.

 

Le rôti de grouik-grouik et pommes boulangères façon personnelle (et cette fois, bien cuites) furent les compagnons d'un superbe Côtes de Castillon Clos Puy Arnaud 2004, un cru de la rive droite que j'aime beaucoup, d'une appellation moins connue que ses illustres voisins Pomerol & Saint Emilion, mais dont quelques représentants ont régalé des soirées estudiantines passées. Bref, un vin issu à majorité de merlot gourmand, aux jolies notes de cassis et de fruits noirs, aux tanins doux et à la matière élégamment mûre. Ce vin donne envie de redécouvrir cette région bordelaise au sein de laquelle quelques dérives m'ont détourné de la plupart de ses crus. Finalement, c'est bien dommage  !

 

Philippe

Par Philippe Belnoue - Publié dans : Mondovino
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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 23:20

Superbe interprétation du 5ème concerto pour piano de Beethoven pour l'orchestre de Lausanne et par son chef et pianiste, Christian Zacharias, lors du concert donné hier soir au Théâtre des Champs-Elysées, en écoute libre durant un mois sur France Musique. Ne passons pas non plus à côté d'une énergique interprétation des créatures de Prométhée du même compositeur. Décidément, le parcours de ce musicien est à tout point de vue exemplaire et me rappelle celui de Murray Perahia, autre grand pianiste et génial mozartien, entre autres. Je me demande ce que Brahms donnerait sous les doigts du pianiste allemand : très certainement, passionnant !

Dire que tant d'êtres humains vont passer à côté de ce concert est désolant... mais c'est encore pus déprimant de savoir qu'on passe à côté de tant d'autres grands moments musicaux à seulement quelques kilomètres ...

Heureusement, restent les concerts et récitals diffusés sur Mezzo, les radios et surtout les merveilleux disques "historiques" réédités à prix plus que doux

Qui a dit que la musique "classique" était inaccessible ?

 

Philippe

Par Philippe Belnoue - Publié dans : Musiques au coeur
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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 21:14

mondo GallimardQuelques lectures sont associées au gré du hasard ou des circonstances du moment, mais peut-être aussi mystérieusement, à certaines musiques qui entrent mutuellement en résonnance. Ainsi, ma dernière expérience me conduisit à lire le premier conte du livre Mondo et autres histoires de Jean-Marie Gustave Le Clézio, intitulé "Mondo", en écoutant l'album éponyme d' Emilie Simon.

 

Ce conte décrit la venue presque magique d'un garçon qui "habite" une ville (du bassin méditerranéen, dans les années soixante ?), y cherche à être adopté tout en ne parvenant pas à communiquer avec ses habitants et finit par quitter cette ville inhospitalière, inhumaine. Il ne semble en harmonie qu'avec la Nature, pas avec ce qui vient de la "civilisation". Thème romantique, mais approche plus simple et à la fois plus mystérieuse, sans morale hormis celle de pouvoir entrer en résonnance, je crois, avec l'enfance du lecteur : l'émotion par l'innocence et la pureté de la Nature, qui reste en dehors de nous, ni bonne ni mauvaise.

J'ai trouvé l'aspect enfantin de ce conte très touchant et transcendé par l'élégance de la langue, d'un très joli style, accessible aux plus jeunes lecteurs et riche de sens poétique. Une très belle découverte, moi qui désespérais de lire un livre contemporain qui puisse me transporter. Je ne peux que louer et remercier la personne qui m'a fort sympathiquement conseillé ce livre.

 

Elégance et raffinement sont deux qualificatifs que j'associe à l'album d'Emilie Simon. En particulier, les titres "Désert", "To the dancers in the rain", "Chanson de toile" et surtout, surtout "Vu d'ici" sonnent à merveille à la lecture de Mondo et des contes suivants. A croire qu'Emilie Simon a composé ces pièces électro-acoustiques en référence à ce livre "magique". La voix enfantine de la chanteuse, cette voix gracile/gracieuse, simple/transformée/modulée, crée un sentiment d'étrangeté et de fascination, par son aspect  intriqué à la fois naturel et artificiel. Je crois que c'est aussi ce qui m'a plu dans les contes de J-M G Le Clézio et qui renforce le sentiment de "résonnance" entre ces deux oeuvres : la simplicité, le naturel devient synonyme pour nous de mystère voire de peur, renvoit le lecteur à son passé, son enfance, mais au delà, à sa solitude puisqu'il s'est coupé de la Nature.  Seule solution : conserver sa capacité d’étonnement, d’ouverture aux autres, à notre Univers, et surtout, celle de s’émouvoir. La clé du bonheur ?

 

Philippe

 

Par Philippe Belnoue - Publié dans : Lectures
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